ceux qui prétendent que le droit et la justice exigent l'obtention du consentement et de lautorisation de la première épouse lors d'un second mariage, ne regardent que le cas du mariage d'un homme qui veut se marier pour le plaisir et la diversité, et oublient les cas du mariage par besoin impérieux, personnels ou sociaux. lorsqu'il n'y a pas d'impératifs personnels ni sociaux pour la polygamie, celle-ci n'est pas admise, même si la première épouse lautorise.
«la loi de la polygamie est incompatible avec le principe de l'égalité entre l'homme et la femme en tant qu'êtres humains. etant donné que l'homme et la femme ont des droits égaux, tous les deux doivent être autorisés ou interdits de pratiquer la polygamie. c'est une discrimination pure et simple que de permettre à l'homme davoir plusieurs femmes, et d'interdire à la femme davoir plusieurs maris. autoriser l'homme à avoir jusqu'à quatre femmes signifierait que la valeur d'une femme est le quart de celle de l'homme. cette position est attentatoire à la dignité de la femme, et non conforme même à la position islamique vis-à-vis de l'héritage et du témoignage. concernant le témoignage, en effet, le témoignage de deux femmes seulement vaut celui d'un homme.»
cette objection est la moins solide de toutes. il semble, en effet, que les critiques ignorent totalement les justifications individuelles et sociales de la polygamie. ils pensent que la polygamie est une question de passion et de désir, et que par conséquent l'homme et la femme doivent avoir un traitement égal. or nous avons déjà expliqué les cas où la polygamie est justifiée et nécessaire. nous avons aussi souligné les circonstances dans lesquelles un devoir (celui de la polygamie) envers les femmes sans maris est dévolu à tous les hommes et femmes mariés. donc, il n'est pas nécessaire de revenir sur cette question encore.
il nous suffit de dire que si les enseignements islamiques relatifs à la polygamie, l'héritage et le témoignage, étaient dus à une vision humiliante de la femme et à un mépris de ses droits, et fondés sur une discrimination entre l'homme et la femme en tant qu'êtres humains, l'islam aurait pris une position uniforme vis-à-vis des deux sexes dans toutes les questions les concernant. concernant l'héritage par exemple, il naurait pas fixé la part de l'héritage de la femme, parfois à la moitié de celle de l'homme, parfois à parts égales. de même, pour le témoignage, il n'y aurait pas eu des règles différentes dans les différentes circonstances. tout cela montre qu'en fixant des règles différentes et en prenant des positions différentes vis-à-vis des droits et des intérêts de la femme, l'islam agit selon une philosophie spécifique qui tient compte de la nature humaine et dautres facteurs. nous avons déjà expliqué la question de l'héritage dans un chapitre précédent. nous avons aussi souligné dans un autre chapitre que, du point de vue islamique, la question de l'égalité entre l'homme et la femme en tant qu'êtres humains fait partie des droits humains fondamentaux. en tout cas, en traitant des droits familiaux, l'islam a pris en considération certains autres aspects aussi, qui sont plus importants que la question de l'égalité.
l'islam na ni inventé la polygamie (car elle existait depuis des siècles avant lavènement de l'islam), ni ne la abolie, car il n'y a pas une autre solution à certains problèmes sociaux. l'islam na fait que réformer cette ancienne coutume.
avant l'islam, on pouvait avoir un nombre illimité de femmes et former un harem. l'islam a prescrit une limite maximum. personne na le droit davoir plus de quatre femmes. ceux qui avaient plus de quatre femmes lorsqu'ils embrassèrent l'islam furent contraints de se séparer de celles qui excédaient ce nombre. ainsi, un homme nommé ghaylan ibn aslamah avait dix femmes, et le prophète (p) lui ordonna de divorcer davec six d'entre elles. nawfal ibn mu`âwiyah, en avait cinq, et le prophète (p) exigea de lui qu'il se sépare de l'une d'elles.
selon un récit des traditions chiites, à l'époque de l'imam al-sâdiq, un zoroastrien embrassa l'islam. il avait sept femmes. on demanda alors à l'imam al-sâdiq (p) ce que cet homme devait faire avec ses femmes. l'imam al-sâdiq répondit qu'il devait se séparer de trois d'entre elles.
une autre réforme de taille a été introduite par l'islam, qui a posé comme condition de lautorisation de la pratique de la polygamie la nécessité de réserver un traitement égal à toutes les épouses. l'islam ne permet aucune discrimination entre elles ou entre leurs enfants. le saint coran dit : «mais si vous craignez de n'être pas équitables [avec elles], prenez une seule femme.» (sourate al-nisâ', 4 : 3)
le monde pré-islamique n'observait l'égalité ni entre les femmes, ni entre leurs enfants. nous avons déjà cité christenson et dautres qui affirment que, pendant la période sassannide, la polygamie était courante en iran, et qu'une ou deux femmes étaient appelées favorites et jouissaient de tous les droits, alors que les autres étaient appelées femmes-servantes et avaient beaucoup moins de droits légaux. seuls les enfants mâles de ces femmes-servantes étaient reconnus comme membres de la famille paternelle.
l'islam a aboli ce genre de coutumes et d'usages. il ne permet pas qu'une épouse ou ses enfants soient considérés comme inférieurs aux autres épouses et enfants.
dans "histoire de la civilisation", vol. i, will durant écrit : «lorsqu'un homme avait amassé une fortune, et qu'il craignait quaprès sa mort elle ne fût morcelée entre ses nombreux enfants, il limitait son héritage aux enfants de sa favorite à l'exclusion de ceux issus des autres épouses.»
cela montre que, dans lancien monde, la discrimination entre les femmes ainsi qu'entre leurs enfants était courante. mais ce qui est étonnant c'est ce que will durant ajoute : «jusqu'à une date récente, cette pratique continua d'exister en asie. petit à petit la femme réelle (favorite) a pris la position de la femme unique, alors que les autres femmes ont disparu ou ont été réduites au rôle de maîtresses clandestines.»
will durant a oublié, ou fait semblant d'ignorer, que depuis 14 siècles l'islam avait aboli la discrimination entre les enfants issus de différentes épouses, et quavoir une seule épouse réelle (officielle ou légale) et plusieurs concubines clandestines est une coutume européenne et non asiatique. elle na fait son apparition en asie que récemment !
toujours est-il en tous cas que la seconde réforme à laquelle l'islam a procédé dans le domaine de la polygamie, fut labolition de la discrimination entre les différentes épouses ainsi qu'entre leurs enfants. aucune forme de favoritisme envers une épouse en particulier n'est permise. presque tous les juristes sont unanimes sur ce point. seule une petite minorité d'écoles juridiques ont interprété les droits des femmes de sorte à trouver certaines excuses à la discrimination. mais il est indéniable que cette interprétation est en contradiction avec l'interprétation du verset coranique ci-dessus cité. des sources aussi bien chiites que sunnites ont rapporté ce hadith (récit, parole) du prophète : «quiconque a deux épouses et ne les traite pas avec égalité, en montrant un penchant [ou une préférence] pour l'une d'elle, sera traité le jour de la résurrection de telle sorte qu'un côté de son corps sera traîné par terre en le conduisant vers l'enfer.»
la justice est la plus grande vertu morale. prescrire la condition de la justice et du traitement égal signifie qu'il est exigé d'un mari conduit à pratiquer la polygamie qu'il possède les plus hautes qualités morales. et étant donné que les sentiments de l'homme envers toutes ses femmes ne sont pas habituellement les mêmes, l'observation de la justice et labstention de tout traitement inégal constituent l'un des devoirs les plus difficiles.
nous savons tous que le saint prophète, pendant les dix dernières années de sa vie, c'est-à-dire pendant son séjour à médine, s'est marié avec plusieurs femmes. c'était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui navaient personne pour s'enquérir de leur sort. la plupart des femmes du prophète étaient veuves ou âgées. beaucoup d'entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris.
la seule jeune fille avec laquelle se soit marié fut ayechah, qui disait souvent avec fierté qu'elle était la seule femme quaucun autre homme que le prophète nait jamais touchée.
le saint prophète a toujours réservé un traitement parfaitement égal à toutes ses femmes et na jamais fait aucune discrimination entre elles. 'orwah ibn zubayr était le neveu (le fils de la sur) de ayechah. il demanda à sa tante un jour comment le saint prophète traitait ses femmes. elle répondit : «il les traitait avec justice et parfaite égalité. il na jamais préféré l'une d'elles à une autre. presque chaque jour il appelait chacune de ses épouses et s'enquérait de leur santé. il passait la nuit avec chaque femme à tour de rôle. si par hasard il voulait passer une nuit avec une autre femme, il demandait préalablement la permission de celle avec laquelle il devait normalement rester cette nuit-là. si la permission lui était accordée, il partait chez lautre, autrement, il ne partait pas.» ayechah ajouta : «quant à moi, je ne lui ai jamais donné la permission daller chez une autre lorsqu'il me la demandait.»
même pendant sa dernière maladie qui la conduit à la mort, et alors qu'il était trop faible pour pouvoir bouger, le saint prophète observa scrupuleusement le principe de l'égalité de traitement. son lit était transporté d'une chambre à lautre chaque jour. a la fin, un jour, il appela toutes ses épouses et leur demanda la permission de se maintenir dans une seule chambre. ayant obtenu cette permission, il resta dans la chambre de ayechah.
pendant la période où il avait deux femmes, l'imam ali (p) était si attentif à ce principe d'égalité de traitement qu'il sattachait même à faire ses ablutions requises pour la prière dans la maison de l'épouse à qui était le tour cette nuit-là.
l'islam attache tellement d'importance au principe de la justice et de l'égalité dans le traitement, qu'il ne permet pas au mari et à la seconde épouse de mettre dans leur contrat de mariage des clauses accordant à la seconde femme plus de droits que ceux dont jouit lancienne femme. cela signifie que, selon l'islam, l'observance de l'égalité et de la justice est un devoir que le mari na pas le droit de contourner en posant une clause dans le nouveau contrat de mariage, stipulant un droit qui viole le principe de la justice et de l'égalité. ni le mari, ni la seconde épouse, n'ont le droit de mettre une telle clause contraire à la justice, dans le contrat de leur mariage. la seule chose que la nouvelle femme peut faire, c'est de renoncer à certains de ses propres droits, mais elle na pas le droit de poser comme condition l'octroi de plus de droits que ceux dont jouit la première femme. la première épouse aussi a le droit de renoncer volontairement à une partie de ses droits, mais elle na pas légalement le droit d'exiger qu'elle nait pas de droits du tout. on a demandé à l'imam al-bâqir (p) : «le mari a-t-il le droit de mettre, en accord avec son épouse, une clause stipulant qu'il ne se rende chez cette dernière que pendant la journée à l'exclusion de la nuit, ou qu'une seule fois par semaine ou par mois, ou une autre clause stipulant qu'il ne doit pas payer une pension complète à sa seconde femme ou égale à celle de la première avec le consentement de l'intéressée ?» l'imam al-bâqir a répondu : «non. de telles clauses sont invalides. toute femme devient, en vertu du contrat du mariage -qu'elle le veuille ou non-, la détentrice de tous les droits de l'épouse. tout ce qu'elle peut dans ce domaine, c'est de renoncer, après le mariage, à ses droits, totalement ou partiellement, soit pour plaire à son mari, soit pour toute autre raison.»
avec toutes ces conditions morales strictes, la polygamie devient un devoir plutôt qu'un moyen de sadonner aux plaisirs sexuels. la recherche des plaisirs et de la licence n'est possible que dans une ambiance de liberté sexuelle totale. mais lorsqu'il est question de discipline, de justice et de devoir, il n'y a plus de place pour la débauche et la licence. c'est pourquoi, en aucune façon, la polygamie assortie des conditions islamiques ne peut être un moyen de plonger dans les plaisirs.
ceux qui ont fait de la polygamie un moyen de satisfaire leurs désirs et leur licence se sont servis de la loi islamique pour commettre un acte illégal ; la société a le droit de les en blâmer et de les punir.
pour être équitable, il faut dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l'esprit de toutes les conditions prescrites par l'islam concernant la polygamie, est insignifiant. selon la loi islamique, si quelqu'un craint par exemple que l'utilisation de l'eau puisse lui être nuisible, il ne doit pas faire lablution (cependant normalement obligatoire) pour accomplir la prière, et si quelqu'un craint que le jeûne obligatoire ne lui soit nuisible, il doit s'en abstenir. vous rencontrez beaucoup de gens qui vous demandent s'ils doivent ou non faire lablution ou le jeûne, craignant que lablution ou le jeûne puissent être nuisibles à leur santé. de telles interrogations sont valables, et de telles personnes ne doivent pas accomplir le jeûne ou lablution.
mais le noble coran dit explicitement que si vous craigniez de ne pas pouvoir traiter avec égalité vos femmes, vous devez vous contenter d'une seule femme. pourtant vous ne rencontrerez pas une seule personne qui vous dise qu'elle craint de ne pas pouvoir traiter avec égalité deux femmes, et qui vous demande si, dans ces circonstances, vu ces craintes, elle a ou non le droit davoir une seconde femme. il est évident que certains hommes, tout en sachant bien qu'ils ne seront pas capables d'être justes, se marient avec plus d'une femme. ils le font sous le couvert de la loi islamique. ce sont ces hommes-là qui font une mauvaise réputation à l'islam, par leurs agissements incorrects.
lautre raison pour laquelle la polygamie en islam est critiquée, c'est le système du harem adopté par les anciens califes et sultans qui régnèrent sur le monde musulman. quelques écrivains chrétiens et certains missionnaires ont décrit la polygamie en islam comme étant l'équivalent du système du harem dans tous ses aspects honteux et cruels.
malheureusement, certains de nos propres écrivains, qui répètent comme des perroquets les idées émises par les européens, associent improprement la polygamie au harem. ils n'ont pas suffisamment d'esprit indépendant pour pouvoir distinguer ces deux pratiques bien distinctes.
outre la condition de la justice et de l'égalité dans le traitement des épouses, il y a dautres conditions que le mari doit remplir. nous savons tous qu'une femme a un nombre de droits financiers et autres que le mari doit assurer. un mari a le droit davoir plus d'une femme, à condition que sa situation financière le lui permette. en fait, la condition financière est posée même pour le premier mariage, mais le contexte de notre sujet ne nous permet pas d'en débattre.
les capacités physiques et sexuelles sont dautres exigences préalables.
il est rapporté dans "al-kâfî" et "al-wasâ'il" que l'imam al-'âdiq a dit que tout homme ayant réuni autour de lui un nombre de femmes sans pouvoir satis faire leurs instincts sexuels, supportera leur péché si elles tombent dans la débauche et ladultère.