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prenons un exemple à titre d'illustration : supposons que nous voulions décider de la pertinence ou de la non-pertinence de la loi du service militaire obligatoire. si nous examinons cette question uniquement sur le plan de la famille du jeune homme qui devrait effectuer ce service, il ne fait pas de doute que nous conclurons que cette loi est préjudiciable, car rien ne vaudrait mieux pour un jeune homme qu'une abolition du service militaire obligatoire, lui permettant de rester avec sa famille et de ne pas se séparer d'elle pour se rendre sur un champ de bataille où l'effusion de sang lattend logiquement.

mais aborder une telle question sous cet angle n'est pas pertinent. ce qu'il faut faire ici, c'est voir les graves conséquences auxquelles devrait sattendre un pays qui naurait pas de soldats prêts à défendre son intégrité, tout en les comparant, dans le cas contraire, à langoisse d'une famille qui verrait son fils la quitter pour affronter la mort et les horreurs de la guerre. il ne fait pas de doute que cette comparaison nous conduirait à conclure qu'il est logique qu'un nombre de jeunes gens doivent se charger -dans le cadre du service militaire- de la défense de la patrie et se sacrifier à cet égard, et que leurs familles doivent accepter les conséquences d'une telle tâche, quelles que soient les pertes matérielles et en vies humaines qu'elle implique.

revenons à notre sujet. nous avons déjà expliqué les nécessités individuelles et sociales qui justifient parfois la polygamie, et nous allons maintenant aborder ses défauts et ses conséquences négatives, afin que notre étude de cette question soit complète et fondée sur une base correcte. la recherche sur les défauts comprendra notre reconnaissance de l'existence d'une série de ces défauts et notre rejet de certains autres que daucuns considèrent comme tels, rejet que nous nous efforcerons de justifier évidemment.

en tout cas, nous allons traiter de ces défauts sous différents angles.


sous un angle psychologique

«la relation conjugale ne se limite pas aux aspects matériel et physique, autrement la polygamie serait en général admissible, car les affaires financière et physique pourraient être partagées entre plusieurs personnes, chacune ayant sa part.»

«le fondement de la relation conjugale est son aspect spirituel et moral... lamour, laffection et les sentiments. le véritable lien entre les deux conjoints, c'est le cur. or lamour et les sentiments, tout comme n'importe quelle chose morale, ne peuvent être divisés et partagés entre plusieurs personnes. le cur peut-il être coupé en deux, ou se trouver dans deux endroits en même temps ? peut-on donner son cur à deux personnes ? lamour et ladoration sont un esseulement et nadmettent ni associé ni rival. ils ne sont pas comme du blé et de l'orge qu'on pourrait partager entre plusieurs individus. en outre, les sentiments ne peuvent pas être gouvernés par l'homme, car c'est l'homme qui obéit à la volonté de son cur et non le contraire. or ce qui représente l'esprit du mariage et son aspect humain, et qui fait se distinguer la relation entre deux êtres humains de celle entre les animaux -laquelle est purement instinctive et voluptueuse- n'est ni divisible ni gouvernable. donc la polygamie est quelque chose d'inadmissible.»

a notre avis, ces affirmations comportent un peu d'exagération... certes, l'âme du mariage est constituée daffection, de sentiments et damour. certes aussi, les sentiments du cur n'entrent pas dans le cadre de ce que l'homme maîtrise et contrôle. mais dire que les sentiments ne sauraient être partagés, c'est de la pure imagination poétique et même une contre-vérité. car il ne sagit pas de partager les sentiments de la même façon qu'on coupe un morceau de viande en deux parts, pour qu'on dise que les questions spirituelles ne sont pas partageables. il sagit plutôt de savoir dans quelle mesure on peut aimer deux personnes à la fois. or nous voyons un père de dix enfants qui les aime et les adore tous, et il est prêt à se sacrifier pour chacun d'eux.

en tout cas, une chose est certaine. lamour ne peut être aussi intense dans le cas où il y a plusieurs femmes que lorsqu'il y a une seule femme. lamour fort n'est pas compatible avec la pluralité, mais il n'est pas compatible avec la raison non plus.

dans son livre "le mariage et la morale", russel écrit : «beaucoup de gens considèrent lamour aujourd'hui comme un bel échange de sentiments. cet argument à lui seul, et abstraction faite de tous les autres arguments, suffit pour condamner la polygamie.»

s'il sagit seulement d'un équitable échange de sentiments, pourquoi cet échange devrait-il être monopolisateur ? un père ayant plusieurs enfants, les aime tous, et eux tous laiment réciproquement. cet échange de sentiments entre eux n'est-il pas beau et équitable ? notons au passage que même dans le cas où il y a plusieurs enfants, lamour d'un père pour chacun d'eux est toujours plus grand que lamour de chacun d'eux pour lui.

le plus étonnant dans cette affirmation, c'est qu'elle émane d'un homme qui recommande toujours aux maris de respecter et de ne pas empêcher les liaisons de leurs femmes avec dautres hommes, et aux épouses de faire de même ! russel considère-t-il que l'échange des sentiments entre la femme et son mari, là encore, n'est pas beau et équitable ?


sous langle du comportement et de l'éducation

«le partage du mari est l'exemple criard de l'incongruité, car il n'y a pas dans le monde pire ennemi pour une femme que la co-épouse. la polygamie excite les co-épouses l'une contre lautre, et conduit le mari à recourir à la force et à la violence contre elles, transformant ainsi le climat familial -qui devrait être un climat de tranquillité et d'entente- en un champ de bataille, de conflit, de haine et de vengeance. les hostilités et les rivalités entre les mères [les co-épouses] glissent vers les enfants, les divisant en deux ou plusieurs parties montées les unes contre les autres, transformant le climat familial -qui devrait être normalement une école spirituelle pour les enfants et une source d'inspiration de laffection et de la bienveillance- en une école d'hypocrisie et de perfidie.»

le fait que la polygamie soit à l'origine de toutes ces traces de mauvaise éducation ne fait pas de doute. mais nous devons faire la distinction entre les traces dues à la nature de la polygamie et celles résultant du comportement du mari et de sa nouvelle épouse. a notre avis, tous ces problèmes n'ont pas pour origine la nature de la polygamie. la plupart d'entre eux résultent de la façon de son application.

supposons qu'un mari et son épouse mènent une vie conjugale normale. entre-temps le mari rencontre une autre femme et l'idée de se marier avec elle se met à le hanter. après un accord secret entre les deux, la seconde femme surgit, envahit la maison, le mari, la vie et lautorité de la première épouse. on peut imaginer facilement quelle serait sa réaction ! rien dans le monde ne peut perturber une femme autant que l'impression d'être méprisée par son mari. etre incapable de préserver laffection de son mari est le plus grand échec pour une femme. lorsque le mari devient arrogant et licencieux, et que la seconde épouse joue le rôle de maraudeuse, il est absurde de sattendre à ce que la première épouse reste patiente.

en revanche, les choses seraient tout à fait différentes, et le conflit interne considérablement réduit, si la première épouse savait que son mari a besoin avec raison d'une seconde femme et qu'il n'en a pas assez d'elle. le mari doit, pour sa part, éviter de se montrer arrogant et de se plonger dans la sensualité. lorsqu'il prend une seconde femme, il doit, plus que jamais, être aimable et bon avec sa première épouse et respecter plus que jamais ses sentiments. la seconde femme, quant à elle, doit savoir que la première a certains droits qu'il faut respecter. en un mot, toutes les parties concernées doivent se rappeler qu'elles participent à la solution d'un problème social.

la loi de la polygamie est une solution progressive d'un problème social, et elle est fondée sur les plus larges intérêts de la société. ceux qui l'exécutent devraient posséder une pensée large et profonde et avoir reçu une bonne éducation islamique.

l'expérience a montré que si un mari n'est ni licencieux ni arrogant, et que la femme est convaincue qu'il a besoin d'une seconde épouse, elle arrangerait elle-même volontiers le second mariage de son mari. auquel cas tous les troubles évoqués plus haut ne se produiraient pas, étant donné que la plupart d'entre eux résultent de la mauvaise conduite des maris.


sous langle moral

on dit que «la polygamie signifie un libre cours donné à la sensualité, puisque le mari est autorisé à satisfaire sa volupté, alors que la morale exige de l'homme qu'il suive le moins possible ses désirs, car, de par sa nature, plus l'homme cède à ses désirs, plus leurs flammes sattisent.»

dans "l'esprit des lois", montesquieu, parlant de la polygamie, écrit : «le roi du maroc avait dans son harem des femmes de toutes les races, jaune, noire, blanche, etc. si cet homme avait eu le double du nombre des femmes qu'il avait, il aurait demandé encore davantage. car la volupté, comme lavarice et la mesquinerie, plus on y cède plus elle saccentue. et de même que l'or et la fortune conduisent à laugmentation de lavarice et de lavidité, de même la polygamie entraîne des aberrations sexuelles (sodomie) car, dans le domaine des désirs, plus l'homme avance, plus il dévie de la règle. a istanboul, lorsque la révolution éclata, on découvrit que la maison d'un gouverneur était dépouillée de toute femme ; la raison en était qu'il satisfaisait ses désirs sexuels exclusivement avec des garçons.»

cette objection comporte deux affirmations discutables :

a - la première affirmation est : «une morale élevée est incompatible avec la soumission aux exigences des désirs charnels, et pour purifier l'âme, il faut céder le moins possible aux caprices de la volupté.»

b - la seconde affirmation est : «plus on suit la nature humaine plus elle est exigeante, et plus on y résiste plus elle se calme.»

concernant la première affirmation, elle traduit malheureusement une pensée erronée. elle a été inspirée des idées morales chrétiennes, hindoues, bouddhistes et cyniques, fondées sur le renoncement. du point de vue islamique, il n'est pas correct de dire que «moins on satisfait le désir sexuel, plus on a une haute morale» (sans doute selon cette théorie la morale parfaite serait de renoncer totalement à la satisfaction du désir sexuel). seule la pratique excessive de la sexualité est considérée, du point de vue islamique, comme contraire à la morale.

pour vérifier si la polygamie signifie ou non la pratique excessive de la sexualité, voyons si l'homme, de par sa nature, est monogame ou non. comme nous lavons constaté antérieurement, aujourd'hui personne ne croit que l'homme soit purement monogame ni que la polygamie soit un acte de perversion. bien au contraire, beaucoup de sociologues sont davis que l'homme est, de par sa nature, polygame, et que la monogamie est aussi non naturelle que le célibat.

bien que nous ne croyions pas que l'homme soit polygame de nature, nous ne croyons pas non plus qu'il soit purement monogame ou que la polygamie soit non naturelle et une sorte de perversion au même titre que l'homosexualité.

ceux qui, comme montesquieu, considèrent la polygamie comme équivalente à la licence, ont le harem dans la tête. ils pensent qu'en autorisant la polygamie l'islam aurait voulu fournir une excuse aux harems des califes abbassides et des sultans ottomans ! mais en réalité l'islam est totalement opposé à une telle pratique. les conditions que l'islam pose pour lautorisation de la pratique de la polygamie sont telles que la possibilité de la licence est totalement éliminée.

concernant la seconde affirmation : «plus les désirs sexuels sont satisfaits, plus ils croissent, et plus ils sont réprimés, plus ils se calment», elle est diamétralement opposée à ce quaffirment les adeptes de freud aujourd'hui.

en effet, selon les freudiens, les désirs instinctifs se calment, lorsqu'ils sont satisfaits, et deviennent violents, lorsqu'ils sont réprimés. c'est pourquoi les freudiens réclament une liberté totale et la violation de toutes les restrictions traditionnelles en matière de sexualité. jaurais voulu que montesquieu soit vivant aujourd'hui pour voir combien sa théorie a été tournée en ridicule par les freudiens.

du point de vue islamique, toutes les deux théories -celle de montesquieu et celle de freud- sont fausses. la nature humaine a ses propres lois et limites, qui doivent être reconnues. la nature se rebelle et se perturbe à la suite de deux choses :

1 - la privation

2 - une liberté totale et l'élimination de tous les obstacles et limites se dressant devant la nature.

en tout état de cause, ni la polygamie n'est contraire à la morale, à la tranquillité de l'esprit et à la pureté de l'âme -comme le prétendent les montesquieu et autres-, ni le fait de se contenter d'une seule ou de plusieurs épouses légales n'est contraire à la nature humaine, comme laffirment les freudiens.


sous langle légal

«en vertu d'un contrat de mariage, les deux époux appartiennent l'un à lautre, et chacun a le droit de jouir de lautre, étant donné que les avantages du mariage sont devenus la propriété de chacun d'eux en vertu dudit contrat. de là, la première épouse devient la détentrice n° 1 de ce droit, et toute transaction conclue entre le mari et une seconde épouse sera considérée en réalité comme un excès de pouvoir, car la  marchandise -en l'occurrence les avantages du mariage- avait été vendue antérieurement à la première épouse, et devenue une partie de ses propriétés. donc  la première épouse doit être consultée, et son consentement obtenu préalablement. ainsi, si on veut autoriser la polygamie, cela doit dépendre de lapprobation de la première épouse, à laquelle appartient de  décider si son mari peut ou non se remarier avec une seconde femme. par conséquent le mariage avec une deuxième ou une troisième femme ressemble à la vente par une personne de sa marchandise à quelqu'un, puis de sa revente une deuxième, une troisième et une  quatrième fois à dautres. la validité de cette transaction dépend donc du consentement du premier propriétaire, ensuite du second, puis du troisième dans l'ordre. et si le vendeur (par excès de pouvoir) remet la marchandise au second, ensuite au troisième, puis au quatrième acheteurs, son action mérite absolument une sanction.»

cette objection est fondée sur l'idée que le contrat de mariage serait un simple échange d'un intérêt et rien de plus, et que chacun des deux conjoints serait le propriétaire de l'intérêt conjugal de lautre. nous ne voudrions pas maintenant aborder ce point qui est en fin  de compte réfutable. mais supposons que le mariage soit légalement ainsi. cette objection ne serait valable que lorsque la polygamie de l'homme aurait pour motif la diversité et la jouissance. evidemment, lorsque le mariage est, sur le plan juridique, un échange d'intérêts, et que l'épouse est capable dassurer à l'homme ses intérêts, sur tous les plans, elle ne permettra pas à l'homme de se remarier. mais si le second mariage na pas pour but la diversité et le plaisir sexuel, et que le mari a toutes les justifications nécessaires que nous avons soulignées précédemment, cette objection naura plus de raison d'être. par exemple, si la femme est stérile ou ménopausée et que le mari ait besoin d'enfants, ou si la femme souffre d'une maladie qui lui interdirait davoir des rapports sexuels, dans tous ces cas elle na pas le droit de s'opposer au second mariage.

ceci, si la raison de son second mariage est d'ordre purement personnel. mais lorsqu'il sagit d'un problème qui touche la société dans son ensemble et qui nécessite lautorisation de la polygamie en raison du nombre excédentaire des femmes par rapport aux hommes, ou lorsque la société a besoin daugmenter le nombre de sa population, dans ce cas cette objection prend une autre forme, car lapplication de la polygamie devient une "obligation jusqu'à suffisance"(13), visant à prévenir la société contre la turpitude et la débauche, ou à accroître la population du pays. bien entendu, lorsque le problème devient une affaire d'obligation sociale, le consentement préalable de l'épouse et son autorisation ne se justifient plus. ainsi, si nous supposons que la société souffre réellement d'un excédent du nombre des femmes ou qu'elle a un besoin impérieux daccroître sa population, une "obligation jusqu'à suffisance" s'impose à tous les hommes et femmes mariés, et les femmes ont alors le devoir dagir conformément au principe de sacrifice et dabnégation en vue de sauver la société, tout comme le devoir de défendre la patrie, devoir qui échoit à toutes les familles et qui commande à celles-ci de se séparer de leurs fils au bénéfice de la société, et de les envoyer sur les champs de bataille. dans de telles situations d'ordre social général, on na pas besoin de demander leur consentement aux personnes concernées.