Comment aimer Allah ?
Lorsque nous passons en revue les textes du Coran et de la Sunnah sur l'amour divin, nous remarquons qu'ils fixent trois critères à ce sujet :
1- La primauté de l'amour divin
Il faut que le croyant aime Allah plus que tout autre et plus que tout, et que le pouvoir de cet amour domine tout dans son coeur, car Allah dit:
«Dis: "Si vos pères, vos fils, vos frères, vos clans, les biens que vous avez acquis, un négoce dont vous craignez le déclin, des demeures où vous vous plaisez, vous sont plus chers que Dieu et Son Messager et la lutte sur le Chemin d'Allah: attendez-vous à ce qu'Allah vienne avec Son Commandement". Allah ne dirige pas les gens pervers».(76)
Le Coran n'interdit pas l'amour des parents, des enfants, des frères, des soeurs, des conjoints, de la tribu etc. tant qu'ils ne sont pas hostiles à Allah et à Son Prophète. Il n'interdit pas non plus l'amour des biens, du commerce, des maisons etc. tant qu'ils ne sont pas illégaux, puisqu'Allah dit:
«On a enjolivé aux gens l'amour des choses qu'ils désirent: femmes, enfants, trésors thésaurisés d'or et d'argent, chevaux marqués, bétail et champs».(77)
Ce qu'il interdit, c'est que cet amour soit plus fort que l'amour d'Allah, de Son Prophète et du combat sur Son Chemin. Le Coran dit encore:
«Certains hommes prennent des associés en dehors d'Allah; mais les croyants sont les plus zélés dans l'amour d'Allah».(78)
Ce troisième verset complète le premier, pour insister sur le fait que l'amour d'Allah doit l'emporter sur tout autre amour, puisque dans le premier verset Allah condamne ceux qui aiment quelqu'un d'autre plus que Lui, et dans le troisième, Il fustige ceux qui aiment quelqu'un d'autre que Lui autant que Lui.
Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «On n'aura pas une foi pure et sincère en Allah, tant qu'on ne L'aura pas aimé plus que soi-même, son père, sa mère, ses enfants, sa famille, ses biens et tout le monde».(79)
L'emprise de l'amour divin sur le coeur du croyant n'est pas une question théorique, dissociée de l'ensemble des activités de sa vie, de sa conduite et de ses relations. L'amour divin a ses exigences, ses nécessités et ses conséquences: s'il en est dissocié, ce ne serait pas un amour sincère. En d'autres termes, il ne suffit pas de dire ou de croire que l'amour d'Allah habite dans nos coeurs; il faut que nos actes le démontrent. Le Coran dit:
«Dis: "Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors...».(80)
Lorsqu'un autre amour habite le coeur du croyant et que les exigences et les impératifs de cet amour s'opposent à ceux de l'amour d'Allah, c'est l'amour d'Allah qui doit l'emporter, avoir le dernier mot et être le plus agissant. Là seulement, le croyant peut croire à la sincérité de son amour d'Allah.
Les textes islamiques abondent en ce sens et insistent sur la nécessité de la prééminence de l'amour divin dans le coeur du croyant. Ainsi, le Prophète(P) dit:
«Ô mon Dieu! Je sollicite auprès de Toi Ton amour et l'amour de ceux qui T'aiment, et le moyen (l'action) qui me guide vers Ton amour. Ô mon Dieu! Fais que Ton amour soit plus aimé de moi que moi-même et ma famille».(81)
Et:
«Ô mon Dieu! Fais que je T'aime plus que toute autre chose, et que je Te craigne plus que toute autre chose! Coupe de moi les besoins de ce monde par le désir de Ta rencontre! Si Tu as consolé les gens attachés à ce monde avec ce qu'ils en désirent, console-moi avec Ton adoration!».(82)
2- Le gouvernement de l'amour d'Allah
Il faut que l'amour d'Allah gouverne la vie du croyant, ses relations et ses inclinations, de telle sorte qu'il devienne le gouverneur de son coeur, le moteur et le régulateur de ses sentiments et de ses sensations: il supprime dans le coeur du croyant tous sentiments d'amour et de haine qui ne concordent pas avec lui, et y fait naître et développer des types de sentiments d'amour et de haine qu'Allah approuve. Car comme il a été déjà dit: il n'est pas interdit que le croyant aime et déteste, et qu'il éprouve toutes sortes d'autres sentiments, mais il se doit d'orienter ses sentiments d'amour, de haine, de mécontentement et de satisfaction vers les endroits voulus ou agréés par Allah. Ainsi, un sentiment d'amour qui s'inscrit dans le prolongement de l'amour d'Allah, Allah le commande, et un sentiment d'amour qu'Allah n'interdit pas, l'Islam l'approuve. Le sentiment de haine envers les ennemis d'Allah, par exemple, Allah nous ordonne de le développer.
En bref, nous avons insisté jusqu'ici sur un premier point qui caractérise l'amour sincère d'Allah, à savoir que le croyant peut aimer pour lui-même, c'est-à-dire éprouver un amour qui n'est pas lié à l'amour d'Allah, mais à condition, que cet amour ne soit pas plus fort que son amour d'Allah. Le second point caractéristique de l'amour d'Allah sur lequel nous attirons l'attention ici, est que le croyant peut aimer ce qu'il veut, mais à condition que cet amour ne soit en opposition ou en contradiction avec l'amour d'Allah. Le Coran dit à ce propos:
«Ô vous qui croyez! Ne prenez pas pour amis vos pères et vos frères, s'ils préfèrent la mécréance à la Foi. Ceux d'entre vous qui les prendraient pour amis, seraient injustes».(83)
Ici, le Coran ne reproche pas à cette catégorie de croyants d'aimer leurs pères et frères plus qu'Allah, mais de les aimer malgré leur mécréance. Aussi Allah les a -t-Il mis en garde contre cet amour et cette amitié injustes, car comment peut-on aimer à la fois Allah et Ses ennemis, les mécréants!? Notons au passage, pour mieux saisir le sens de ce verset, qu'il a été révélé à propos de "Hâtib Ibn Balta'ah"(84) qui avait fait parvenir à son peuple mécréant une information faisant état de la marche du Prophète (P) sur leur région. Il ne fait pas de doute que ce personnage était un croyant, et que son amour des siens n'était pas plus fort que son amour d'Allah, mais il les aimait quand même, malgré leur hostilité affichée à Allah et à Son Messager (P).
Le coeur du croyant sincère ne saurait vibrer (palpiter) en même temps pour deux bien-aimés opposés: Allah et Ses ennemis. C'est seulement lorsque son coeur se sera dévoué à Allah et qu'il soumettra tous ses sentiments et toute son affectivité au contrôle d'Allah, qu'il sera libre d'aimer et de détester ce qu'il veut, mais toujours dans les limites des critères des enseignements islamiques.
Ainsi, si le croyant est sincère dans son amour d'Allah, il n'a pas à donner libre cours à ses sentiments, les débrider, et se laisser traîner par eux. Il ne doit pas non plus nouer des relations et des liens avec n'importe qui et n'importe comment. C'est l'amour d'Allah qui doit déterminer scrupuleusement ses relations et ses penchants. Les premiers Musulmans, n'hésitaient pas, lorsque le cas l'exigeait, à tuer leurs pères, leurs frères et leurs oncles mécréants qui menaçaient les adeptes de l'Islam. L'Imam 'Alî (p) dit à ce propos:
«Nous tuions, avec le Messager d'Allah, nos pères, nos fils, nos frères et nos oncles... Ceci ne faisait qu'augmenter notre Foi et notre soumission à Allah, notre détermination à poursuivre la route, notre endurance de la brûlure de la douleur, notre sérieux dans le combat contre l'ennemi (...). Et lorsqu'Allah a vu notre sincérité, Il a apporté l'humiliation à l'ennemi, et la victoire à nous, et ce jusqu'à ce que l'Islam fût établi».(85)
Ce hadith appelle deux commentaires:
1- La parole de l'Imam: «Ceci ne faisait qu'augmenter notre Foi et notre soumission à Allah», sous-tend une loi divine, à savoir "le rapport direct entre le sacrifice d'une part, la foi et l'amour de l'autre", ou en d'autres termes plus il y a souffrances et épreuves, plus la Foi et l'amour d'Allah se renforcent. Or, peu de gens sont au fait de cette loi, car la plupart d'entre eux croient généralement que c'est le contraire qui est vrai, c'est-à-dire qu'ils conçoivent un rapport inverse entre les deux termes de la proposition: les souffrances et les épreuves viennent à bout de la résistance et de la patience de l'homme et finissent par entamer sa foi et son amour d'Allah.
2- La corrélation étroite entre l'amour et l'amitié sincères d'une part, la victoire de l'autre: «Et lorsqu'Allah a vu notre sincérité, Il a apporté l'humiliation à l'ennemi, et la victoire à nous». C'est dire que la victoire n'est accordée que lorsqu'il y a sincérité dans l'adhésion du combattant à sa cause et à son combat. Or, ce qui vaut pour le champ de bataille vaut aussi pour le coeur: la sincérité et le dévouement dans l'amour qu'éprouve le croyant envers son Créateur. Le croyant ne sera sincère dans son amour d'Allah que lorsqu'il aura été capable de soumettre tous ses sentiments et ses relations au contrôle de son amour du Miséricordieux.
La carte de l'amour et de la haine
L'amour d'Allah dessine au croyant une carte très précise de ses relations, de ses connaissances, de ses ennemis et de ses amis. A partir de cette carte le croyant peut distinguer avec une parfaite précision ses amis de ses ennemis, les siens des étrangers.
C'est une carte étonnante: elle rapproche le lointain et éloigne le prochain, elle fait entrer un étranger dans une famille et en expulse un membre. Ainsi le fils de Noé est écarté de la famille de Noé et devient étranger à son père. Allah interdit à Noé de s'enquérir auprès de Lui du sort de son fils: «Noé invoqua son Seigneur en disant: "Mon Seigneur! Mon fils appartient à ma famille. Ta promesse est sûrement la Vérité; Tu es le plus juste des juges". Il répondit: "Ô Noé! Celui-là n'appartient pas à ta famille, car il a commis un acte infâme. Ne Me demande pas ce que tu ne connais pas»(86), alors que Salmân, le Persan entre dans la Famille du Prophète et devient Salmân, le Mohammadien, dont le Messager d'Allah dit: «Salmân fait partie de nous, les Ahl-ul-Bayt».(87)
À ce sujet al-Cheikh al-Mufîd rapporte le hadith suivant: «Un jour on évoqua les mérites de Salmân et de Ja'far al-Tayyâr (le frère de l'Imam 'Alî) en présence de l'Imam Ja'afar al-Sâdiq (p), qui était assis, adossé. Certains, parmi l'assistance, ont exprimé leur préférence pour le second (Ja'far al-Tayyâr) en rappelant que le premier (Salmân) avait été zoroastrien (adorateur du feu), converti à l'Islam. L'Imam Sâdiq redressa le buste et dit sur un ton de colère, à l'adresse de son compagnon Abû Baçîr: "Ô Abû Baçîr! Allah en a fait un Alawîte après qu'il eut été zoroastrien, et un Quraichite (la tribu du Prophète) après qu'il eut été persan. Que les prières d'Allah soient donc sur Salmân. Quant à Ja'far (al-Tayyâr), il occupe une haute position auprès d'Allah: il volera avec les Anges au Paradis"».(88)
Cette carte de l'amour et de la haine, des amis et des ennemis est différente de celles que les gens connaissent habituellement. Elle répartit et classe les gens dans deux fronts distincts: le front des amis, des partisans et des amoureux d'Allah, et le front des ennemis d'Allah, abstraction faite de la différence du degré respectif de l'amour ou de l'hostilité qui existe entre les gens de chacun des deux fronts.
Aimer pour Allah et détester pour Allah
Le croyant n'a pas une liberté absolue dans le choix de son amour et de ses inclinations. Il doit suivre minutieusement les lignes vertes et les lignes rouges de cette carte, dans ses sentiments, ses inclinations et ses relations, en aimant ce qu'Allah aime et lui ordonne d'aimer, et en désapprouvant ce qu'Allah désapprouve et lui demande de désapprouver. Il n'atteindra à l'essence de la Foi et ne sera pas sincère dans sa foi sans cet amour envers les amis et les amoureux d'Allah, et cette désapprobation des ennemis d'Allah. Il faut qu'il aime tous ceux qu'Allah aime, et qu'il déteste tous ceux qu'Allah déteste. Même le Noble Prophète (P), il ne doit l'aimer que par amour pour Allah et que parce qu'Allah l'aime. C'est ce que le Messager d'Allah, lui-même nous ordonne de faire: «Aimez Allah pour les bienfaits qu'Il vous prodigue, puis aimez-moi par amour pour Allah, et aimez mes Ahl-ul-Bayt (les Membres de ma Famille) par amour pour moi».(89)
De cette façon s'enchaîne, s'étend et se ramifie l'amour pour Allah pour comprendre et inclure tous les saints de l'Islam, tous les serviteurs pieux et tous les amis d'Allah, et de la même façon s'enchaîne le sentiment de haine, d'hostilité et de détestation envers les ennemis d'Allah, pour comprendre tous ceux qui font preuve d'inimitié envers Allah et Son Prophète, et tous ceux qu'Allah et Son Prophète détestent ou qui détestent Allah et Son Prophète.
Les quelques hadiths suivants montrent que les textes islamiques relatifs à l'amour d'Allah et la haine de ses ennemis, répartissent le champ de l'humanité en deux fronts symétriques: le front des amis et des intimes d'Allah, quel que soit le degré de leur amitié et de leur amour, d'une part, le front des ennemis d'Allah, quel que soit le degré de leur hostilité et de leur inimitié, de l'autre:
1- Le Messager d'Allah (P) dit à l'un de ses Compagnons: «Ô 'Abdullah! Aime pour Allah et déteste pour Allah, soit l'ami des amis d'Allah et l'ennemi des ennemis d'Allah, car on n'atteindra à l'amitié d'Allah que de cette façon; et sans cela personne ne goûtera la saveur de la foi, quel que soit le grand nombre de ses prières et de ses jours de jeûne».(90)
2- Al-Barqî rapporte dans "al-Mahâsin" le hadith suivant relaté par Abû Baçîr: «J'ai entendu Abû 'Abdullâh (l'Imam al-Sâdiq) dire: "Ceux qui s'aiment par amour pour Allah seront assis, le Jour du Jugement, sur des chaires de lumière. La lumière de leurs corps et de leurs chaires illuminent tellement tout autour d'eux, qu'on les reconnaît à ce signe et qu'on en dit: Voilà les gens qui s'aiment par amour pour Allah"».(91)
3- L'Imam al-Sâdiq (p) dit: «La plus solide des anses de la Foi consiste à aimer pour Allah, détester pour Allah, donner pour Allah, et se retenir pour Allah - le Très-Haut».(92)
4- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Quiconque aime un mécréant, aura détesté Allah, et quiconque déteste un mécréant aura aimé Allah. (...) En fait, par Allah, l'ami de l'ennemi d'Allah est l'ennemi d'Allah».(93)
5- Selon l'Imam Abû Ja'far (p): «Allah a révélé à un Prophète: "Pour ce qui concerne ton ascétisme dans ce monde, il hâte pour toi le repos, et quant à ton attachement exclusif à Moi, il consolide ton lien avec Moi. Mais as-tu fait montre d'hostilité envers un ennemi à Moi, ou d'amitié envers un ami à Moi?"».(94)
6- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Celui qui aime pour Allah, déteste pour Allah, donne par amour pour Allah, et se retient pour Allah, aura complété sa Foi».(95)
7- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Le Messager d'Allah (P) demanda un jour à ses Compagnons: "Quelle est l'anse la plus solide de la Foi?". "Allah et Son Prophète le savent mieux que nous", répondirent certains. D'autres énumérèrent respectivement: la Prière, la Zakât, le Jeûne, le Hajj et la 'Omrah (Pèlerinage mineur), le Jihâd. Le Prophète (P) dit alors: "Tout ce que vous avez énuméré a ses mérites, mais ce n'est cela (la réponse). La plus solide anse de la Foi consiste à aimer pour Allah, détester pour Allah, être l'ami des amis d'Allah et rejeter et désapprouver les ennemis d'Allah».(96)
9- Selon l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain al-Sajjâd (p): «Lorsqu'Allah rassemblera les premiers et les derniers (hommes de l'Humanité), un crieur se mettra à crier: "Où sont les combattants d'Allah?" Une partie des gens se lèveront, et il leur dira: "Allez au Paradis sans compte (jugement)". Lorsqu'ils se dirigeront vers le Paradis et qu'ils rencontreront les Anges, ceux-ci leur demanderont: "Où allez-vous?" Ils répondront: "Au Paradis, sans compte". "Et quelle sorte de gens êtes-vous?", leur demanderont encore les Anges. "Nous sommes les combattants d'Allah", diront-ils. "Et quelle a été votre action?", les interrogeront les Anges. "Nous aimions pour Allah et nous détestions pour Allah", affirmeront-ils. "Belle récompense pour une bonne action!", diront les Anges"».(97)
10- Selon l'Imam Abû Ja'far (p): «Si tu voulais savoir si tu es quelqu'un de bien, scrute alors ton coeur; s'il aime les gens qui obéissent à Allah et déteste les gens qui Lui désobéissent, sache que tu es quelqu'un de bien et qu'Allah t'aime, mais si tu constates qu'il déteste les gens obéissant à Allah et qu'il aime ceux qui Lui sont désobéissants, sache alors, qu'il n'y a rien de bien en toi et qu'Allah te déteste, car l'homme sera réuni avec celui qu'il aime».(98)
11- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Quiconque ne suis pas (les enseignements de) la Religion dans l'amour et la haine, n'a pas de Religion».(99)
12- Le Prophète (P) dit: «Si deux serviteurs, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, s'aimaient pour Allah, Il les réunira le Jour de la Résurrection».(100)
Et:
«La meilleure des bonnes actions consiste à aimer pour Allah et détester pour Allah».
Et (cité par Anas):
«Aimer pour Allah est une obligation tout comme détester pour Allah est une obligation».(101)
13- On rapporte qu'Allah demanda au Prophète Mûsâ (Moïse) (p):
«As-tu accompli une action pour Moi?
- Oui! J'ai prié pour Toi, j'ai jeûné pour Toi, j'ai fait l'aumône pour Toi, et j'ai fait les invocations pour Toi!
Allah - Il est Sublime - lui dit:
- Ta Prière est la preuve de ta soumission (à Allah), ton jeûne te conduira au Paradis, ton aumône te servira d'ombre, et tes invocations, de lumière! Alors, qu'est-ce que tu as fait pour Moi?
Mûsâ (p) demanda:
- Indique-moi une action qui serait pour Toi!
Allah lui dit:
- As-tu noué d'amitié avec un ami à Moi? T'es-tu jamais montré hostile à un ennemi à Moi?
Mûsâ (p) comprit alors que la meilleure des actions consiste à aimer pour Allah et détester pour Allah».(102)
3- Le gouvernement de l'amour pour Allah
Le croyant doit soumettre à l'autorité du principe de "l'amour pour Allah" tous ses liens, ses relations et les penchants de son coeur, exactement comme il les a soumis à l'autorité du principe de "l'amour d'Allah". Car là aussi, il n'est pas interdit en Islam à ce que le Musulman aime pour lui ce qu'il veut et désire (bien que le programme de l'éducation islamique tend et s'emploie à faire de "l'amour d'Allah" la source de tout amour dans la vie du croyant, au point de consacrer son coeur exclusivement à l'amour à Allah), mais à la condition que son amour personnel ne soit pas plus fort que l'amour d'Allah, d'une part, et qu'il s'abstienne d'aimer ce qu'Allah déteste et de détester ce qu'Allah aime, d'autre part. En outre, et c'est la troisième condition ou restriction, il doit s'abstenir de faire de son amour personnel (l'amour de soi) le critère ou l'arbitre de ses sentiments d'amour et de haine, en dehors des règles légales de l'amour et de la haine, et en opposition avec le principe de l'autorité de "l'amour pour Allah" qui doit être le juge des sentiments d'amour et de haine dans la vie du croyant. En bref, tout ce qui est "amour pour Allah" gouverne sur toutes les relations du croyant, et tout ce qui est "amour de soi" doit être gouverné par les règles de l'amour et de la haine en Islam.
Telle est la troisième différence entre "l'amour d'Allah" et "l'amour pour Allah" d'une part, "l'amour de soi" de l'autre. Telle est aussi la signification de l'autorité de "l'amour pour Allah" sur les relations sociales et les penchants du coeur du Musulman, tout comme l'autorité de "l'amour d'Allah" sur les sentiments d'amour et de haine dans la vie du croyant.
Cette autorité de "l'amour pour Allah" sur les relations et les penchants du croyant s'exerce de deux façons:
1- L'autorité de "l'amour pour Allah" doit s'exercer positivement et négativement, en émettant un jugement négatif contre tout ce qui ne concorde pas avec "l'amour pour Allah", et un jugement positif qui approuve et confirme tout ce que requiert et commande "l'amour pour Allah".
En effet "l'amour pour Allah", tout comme "l'amour d'Allah", appelle d'autres sentiments d'amour et de haine, et le Musulman ne sera sincère dans son amour pour Allah que lorsqu'il en aura fait le juge et l'autorité dans toutes ses relations et penchants, et qu'il aura accepté de se conformer à tous les sentiments d'amour et de haine qui découlent de cette autorité, car les prolongements et les ramifications de l'amour pour Allah dans les relations de l'homme, ses rapports et les penchants de son coeur sont illimités. Et du moment où le croyant accepte "l'amour pour Allah", il n'aura d'autre choix que de suivre les sentiments d'amour et de haine qui en découlent, quelque étendue que soit la chaîne de relations sociales et familiales, impliquée.
Sans doute le célèbre Hadith du Prophète, rapporté aussi bien par les sources chiites que sunnites, et décrétant l'obligation faite aux Musulmans d'aimer les Ahl-ul-Bayt, subséquemment à leur obligation d'aimer Allah, pour Ses bienfaits, et d'aimer le Prophète par amour pour Allah constitue la meilleure illustration de l'autorité du principe de "l'amour pour Allah" sur tous les sentiments et les relations du Musulman, et de l'enchaînement des obligations, en matière de sentiments d'amour, d'amitié et de haine que suscite ce premier maillon d'une longue chaîne d'obligation, qu'est "l'amour pour Allah. Voici le texte dudit Hadith, tel qu'il est rapporté par le célèbre Compagnon, Ibn 'Abbas qui témoigne: Le Messager d'Allah (P) dit:
«Aimez Allah pour les bienfaits dont Il vous nourrit, aimez-moi par amour pour Allah, et aimez mes Ahl-ul-Bayt (Ahlu baytî =les gens de ma maison) par amour pour moi».(103)
Nous avons déjà expliqué que le principe de l'autorité de "l'amour pour Allah", tout comme celui de l'autorité de "l'amour d'Allah", entraîne l'obligation d'une attitude positive et d'une attitude négative de la part du croyant dans ses relations et ses sentiments. Attitude positive, le croyant doit aimer, par amour pour Allah, tout ce qu'Allah aime et ordonne d'aimer; attitude négative, il doit détester tout ce qu'Allah déteste ou ordonne de détester. En fait, cette attitude négative est une question de principe dans la vie du musulman, bien qu'elle puisse lui coûter cher et entraîner la haine, la rancune et même la guerre, parfois. Cependant, sans cette attitude négative, le croyant ne sera pas sincère dans son amour pour Allah. Car cet amour serait chose facile, s'il n'entraînait pas de telles conséquences sur la vie du croyant, sur ses relations, ses penchants et ses rapports, et s'il ne requérait pas de tels sacrifices dans ses relations, ses sentiments et inclinations personnels.
Le Hadith que nous venons de citer illustrait surtout l'attitude positive que l'amour pour Allah entraîne. Nous allons à présent citer quelques hadiths qui illustrent l'attitude négative que le croyant se doit d'adopter vis-à-vis des ennemis d'Allah par application du principe de l'autorité de "l'amour pour Allah":
- Selon Zayd Ibn Arqam, le Prophète (P) dit à 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussain: «Je suis en guerre contre quiconque est en guerre contre vous, et en paix avec quiconque est en paix avec vous».(104)
- Barâ' Ibn al-'Âzib, rapportant le Hadith al-Ghadîr, témoigne: Le Prophète (P) a tenu la main de 'Alî et dit:
«De quiconque je suis le Maître, 'Alî que voici en est le Maître (aussi). Ô Allah! Sois l'ami de quiconque est son ami, et l'ennemi de quiconque est son ennemi».(105)
- Selon une version légèrement nuancée du même Hadith, rapportée par Zayd Ibn al-Arqam, le Prophète (P) dit:
«Ne savez-vous pas que je suis plus responsable de tout croyant que lui-même?» Ils (les gens présents) répondirent: "Si!". (Le Prophète dit alors): «Alors, de quiconque je suis le Maître, 'Alî en est le Maître. Ô Mon Dieu, sois l'ennemi de quiconque est son ennemi, et l'ami de quiconque est son ami».(106)
Ainsi, "l'amour pour Allah" constitue donc un axe gouvernant la vie du croyant. Il entraîne l'obligation d'aimer et de détester, d'être ami ou ennemi.
Beaucoup de textes de ziyârah (visite pieuse) rapportés par les Imams d'Ahl-ul-Bayt confirment cette vérité. Ainsi dans la ziyârah du Maître des martyrs, l'Imam al-Hussain, les pèlerins proclament: «Avec vous, toujours avec vous! Jamais avec votre ennemi». Car l'amour de l'Imam al-Hussain (p), un membre éminent des Ahl-ul-Bayt, rendu obligatoire par le principe de l'autorité de l'amour d'Allah et des obligations subséquentes (l'amour pour Allah amour du Prophète amour des Ahl-ul-Bayt), requiert le rejet de ses ennemis et la rupture avec ses adversaires et détracteurs. Sans quoi, sans cette rupture et ce rejet, ledit amour ne revêt pas sa valeur réelle.
Telle est en résumé, la première façon dont s'exerce l'autorité de l'amour pour Allah: elle commande au croyant d'adopter une attitude positive (envers les Amis d'Allah) et une attitude négative (contre les ennemis d'Allah).
2- La seconde obligation qu'entraîne le principe de l'autorité de "l'amour pour Allah", est que le croyant doit appliquer ce principe aux degrés de l'amour et de la préférence, en donnant la priorité d'un type d'amour sur un autre, et la préférence à une chose sur une autre. Ainsi lorsqu'il y a concurrence des penchants, des relations et des inclinations du coeur, il doit donner la priorité au sentiment ou à la relation qui satisfait Allah sur celui ou celle qui le satisfait lui-même, et ce dans le cadre des règles de la Loi islamique, relative à la nécessité de donner la priorité du plus important sur l'important.
Selon Abû Hurayrah, le Prophète (P) dit: «Par Celui Qui dispose de mon âme, aucun de vous n'aura cru jusqu'à ce que je sois plus aimé de lui que ses biens et ses enfants».(107)
Le même Hadith a été rapporté par Muslim selon une version nuancée: «Aucun serviteur n'aura cru jusqu'à ce que je sois plus aimé de lui que sa famille, ses biens et tout le monde».(108)
Selon Târiq Ibn Laylâ al-Ançârî, le Prophète dit: «Le serviteur d'Allah n'aura pas cru jusqu'à ce que je sois plus aimé de lui que lui-même, que ma progéniture soit plus aimé de lui que sa propre progéniture, et que ma famille soit plus aimée de lui que sa propre famille».(109)
Ainsi "l'amour pour Allah" diffère de "l'amour pour soi" islamiquement légitime en ceci que ce dernier est toujours gouverné par le premier. Par exemple, l'amour de la famille et de la patrie est islamiquement permis, tant qu'il reste dans le cadre que l'Islam autorise, mais cet amour ne constitue pas un axe gouvernant ou une autorité sur les relations sociales ou les attachements du coeur du croyant, il est au contraire gouverné par les règles de "l'amour pour Allah" et de "l'amour d'Allah", ce qui veut dire que le croyant n'a pas le droit de suivre son amour de la patrie ou de la famille dans toutes ses exigences et ses conséquences inconditionnellement, ou en d'autres termes, il ne lui est pas permis d'aimer ceux de sa famille ou de ses concitoyens qui soient des ennemis d'Allah et de Son Prophète (P). Car la règle de "l'amour pour Allah" lui impose d'aimer les croyants qui ne font pas partie de sa patrie et de sa famille, et de détester et combattre, au sein même de sa famille et de sa patrie, ceux qui sont des ennemis d'Allah et de Son Prophète.
Lorsqu'on a demandé à l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain (p), ce que signifie "l'esprit du corps" ou la solidarité familiale ou tribale ('açabiyyah), il répondit: «L'esprit du corps condamné (par l'Islam) consiste à considérer les méchants de son peuple comme étant meilleurs que les gens pieux d'un autre peuple. Aimer son peuple ne signifie pas esprit du corps, car l'esprit du corps c'est aider ou soutenir son peuple dans l'injustice».(110)
Quant à l'amour de la Ummah, étant donné qu'il découle du principe de l'autorité de "l'amour d'Allah", il a autorité à son tour sur tout ce qui en découle, et implique que le croyant aime obligatoirement tous les Musulmans (qui composent la Ummah), aussi bien ceux appartenant à son peuple et sa patrie que ceux qui n'en font pas partie (mais qui appartiennent à la Ummah), et qu'il combatte obligatoirement tous les ennemis d'Allah et tous les agresseurs, aussi bien, ceux faisant partie de son peuple et de sa patrie, que ceux qui appartiennent à un autre peuple et à une autre patrie.
Par conséquent, le premier amour, "l'amour de la patrie et du peuple ou de la tribu, de la famille" diffère du second, "l'amour de la Ummah" (la nation ou la Communauté musulmane) en ceci qu'il fait partie de la catégorie de l'amour permis, mais soumis aux règles et aux exigences de "l'amour pour Allah", alors que le second est du type gouvernant et a donc autorité sur tous les penchants et relations nation'Alîstes et patriotiques du croyant.
La substance et le sommet du walâ' (amitié ou inféodation) résident dans l'Unicité. Sans l'Unicité, le walâ' perd totalement sa raison d'être. C'est seulement lorsque nous aurons saisi cette vérité que nous comprendrons le vrai sens du walâ'. Autrement notre compréhension de cette notion de walâ' sera superficielle et simpliste, s'appliquant à tout et à n'importe quoi, y compris l'amitié avec les ennemis d'Allah, épousant les contraires et les opposés sans s'embarrasser des contradictions, mettant dans le même registre l'amour d'Allah et de Ses Prophètes, et l'amour de Pharaon et de sa clique. Ainsi, dans son acception simpliste, le walâ' peut réunir l'amour des civilisations zoroastrienne, pharaonique et babylonienne, et l'amour de l'Islam, comme le font les courants nationalistes contemporains. Donc lorsque le walâ' s'abaisse à ce niveau, il se vide de sa substance et de son contenu, et se dévalorise complètement.
Récapitulons, pour mieux exposer les autres implications de l'amour pour Allah: il ressort de ce qui précède que l'amour pour Allah doit donc constituer dans la vie du Musulman l'axe du walâ', dans ses implications positives et négatives, l'axe de l'amour et de la haine, du rapprochement et de l'éloignement, et avoir autorité sur toutes les relations, les orientations et les tendances du croyant. Tout autre amour qui ne soit pas en contradiction avec l'amour pour Allah est permis, à condition toutefois, qu'il soit soumis à l'autorité de l'amour pour Allah. Ceci implique que même lorsque deux groupes de Musulmans entrent en conflit quelconque, le croyant ne peut les réunir dans le même amour, c'est-à-dire continuer à les aimer tous les deux également. Il doit prendre position et orienter son amour et sa haine respectivement vers l'un et l'autre. Ce sont les règles de "l'amour pour Allah" qui dictent l'attitude ou la position à prendre dans de tels cas de figure. Dans une situation semblable, l'Islam ne laisse pas au croyant le soin de prendre position en faveur ou en défaveur de chacun des deux groupes, selon ses inclinations et ses sentiments personnels. Il lui commande, au contraire, d'y soumettre soigneusement ses sentiments et ses penchants aux règles de "l'amour pour Allah", et d'essayer tout d'abord, tout son possible, pour les réconcilier. Si l'un des deux groupes s'avère être injuste, il doit prendre fermement position pour le groupe agressé ou lésé et contre le groupe agresseur ou injuste, sans se laisser influencer par des considérations sentimentales, tribales ou affectives. Et si le groupe agresseur persiste dans son agression, et refuse de rendre justice, il doit lui déclarer la guerre et le combattre côte à côte avec le groupe agressé: «Si deux groupes de croyants se combattent, alors, faites la paix entre eux. Puis, si l'un d'eux se rebelle contre l'autre, alors combattez celui qui se rebelle, jusqu'à ce qu'il s'incline devant l'ordre d'Allah. Puis, s'il s'incline, alors, faites la paix entre eux avec justice, et jugez à la balance. Oui, Allah aime ceux qui jugent à a la balance».(111)
L'amour pour Allah est donc un axe qui gouverne la vie du Musulman. Il lui dessine une carte claire de ses relations sociales et familiales, des endroits (individus, groupes, etc.) respectifs dont il doit s'éloigner ou se rapprocher, et des situations respectives vers lesquelles il doit ou peut orienter sa haine ou son amour. L'un des traits caractéristiques de cet axe est qu'il n'accepte aucun autre axe, quel qu'il soit, à côté de lui.